L’incroyable histoire de l’hygiène et du lavage des mains.

PREMIÈRE PARTIE

 
Leonardo SFERRAZZA 
Président Fondateur

Le fait de se laver les mains aussi souvent que nécessaire, notamment lors d’un changement d’activité ou de manipulation d’un produit à l’autre est un moyen de prévenir à la fois la gastro-entérite et l’intoxication alimentaire et sûrement un moyen pour ralentir une pandémie.
Mais ce geste, cette pratique du lavage des mains simple conventionnel est tellement banale pour la plus grande majorité de l’humanité qu’elle est non observée et ignorée.

Dans le langage courant, le terme de désinfectant comprend à la fois les désinfectants au sens strict et les antiseptiques.

Protocole du lavage des mains simple-conventionnel

Les désinfectants au sens strict employés pour l’environnement sont des substances chimiques irritantes qui permettent de détruire ou d’inactiver les micro-organismes se trouvant sur des surfaces inanimées ou inertes. Ils ont un mécanisme d’action peu spécifique, agissant le plus souvent par dénaturation des protéines.
Les antiseptiques pour la désinfection des tissus vivants requiert des produits moins irritants que ceux employés pour l’environnement. Les antiseptiques ont une marge toujours étroite entre l’efficacité et la toxicité. Ils sont employés sous forme de savon (scrub) pour la peau saine, de solution alcoolique (teinture) pour la peau à frotter et de solution aqueuse pour la désinfection des plaies et muqueuses.
Par contre, Certains antiseptiques,ont un mode d’action plus spécifique et agissent à un niveau métabolique défini du micro-organisme. C’est le cas pour la chlorhexidine, par exemple, qui opère une lyse de la membrane cytoplasmique, se rapprochant ainsi du mécanisme d’action de certains antibiotiques.

Dans la mythologie de l’antiquité gréco-latine, Asclepios ou Esculape, dieu de la médecine, avaient deux filles : Hygie et Panacee. Hygie protégeait la santé et Panacee rétablissait la santé à l’aide de médicaments.

Hygie est entrée dans la langue française au XVIème siècle avec le mot «hygiène».

Panacee au moyen-âge, est devenue nom commun signifiant remède universel à tous les maux.

Les épices, essences, huiles végétales et autres substances, étaient utilisées dès l’antiquité pour prévenir, lutter et empêcher la putréfaction des plaies et l’infection des blessures.

Environnementale, l’origine de certaines maladies était reconnue de façon intuitive. Ainsi, la mise en œuvre de toutes sorte de mesures se mettent en place à des fins préventifs telles que : eau bouillie, fumigation des salles d’opérations. Il faudra attendre la fin du XIVème siècle pour commencer à établir les premiers constats scientifiques et quatre (4) siècles plus tard c’est-à-dire presque à la fin du XVIIIème siècle pour construire les premières esquisses scientifiques. Et, c’est précisément au siècle des « Lumières (1715 – 1789) » en 1750 que le chirurgien anglais Pringle employa pour la première fois le terme « antiseptique ».

Il est possible que ce premier mot « antiseptique » du chirurgien Pringle soit le point d’orgue de la recherche scientifique dans le domaine médical. C’est au siècle des « Lumières » que les premières découvertes s’enchaînent. En l’espace de 55 ans pas moins de trois (3) découvertes voient le jour. Un exploit pour cette époque…
Découvertes des principales molécules encore utilisées actuellement :
1774 Scheele découvre le chlore,
1785 Claude-Louis Berthollet médecin devenu chimiste découvre les hypochlorites et développe « l’eau de Javel »,
1811 Bernard Courtois isole l’iode à partir de cendres de plantes marines, (En 1929, Lugol utilise ce même produit pour traiter des adénopathies, l’iode est ensuite utilisée pour traiter les blessures de guerre).

Le 27 décembre 1822 naît à Dole Louis Pasteur. Avec lui, le XIXème siècle signera la rupture des pratiques antérieures. Profondément humaniste, la vie de Pasteur sera jalonnée de drames, ceux de son époque qui sûrement ou sans aucun doute ont contribué à cette recherche obsessionnelle de comprendre les maladies de son époque. Infatigable « étudiant, chercheur passionné » il parcouru toute la France pour aller chercher cette « lumière » c’est-à-dire des éléments d’éclairage qui le porteront au bout de ses théories pour résoudre les problèmes liés aux maladies infectieuses et induites par la révolution industrielle et agricole. Avec lui, se caractérise trois grandes périodes, l’œuvre de toute une vie : la chimie et l’observation des cristaux le conduisent à l’étude des fermentations.

Les fondements de l’antisepsie et de la désinfection reposent sur les découvertes de Pasteur ainsi que la théorie des micro-organismes responsables d’un certain nombre de maladies infectieuses. Chaque découverte de Louis Pasteur dévoile un nouveau champ d’investigation et ce dernier est propice à de nouvelles recherches qui se concluront par de nouvelles avancées. Ces expériences menées avec l’étudiant Émile Duclaux invalideront définitivement la théorie de la génération spontanée. Cette découverte-clé lui ouvrira les portes de la microbiologie et de la vaccination. Émile Duclaux deviendra son plus proche collaborateur, physicien, chimiste, biologiste et chercheur enseignant, surnommé « le Saint-Paul de l’Evangile Pasteurien » sera le premier à lui succéder à la direction de l’institut Pasteur. Par la suite, pas moins de dix (10) Prix Nobel seront décernés à des scientifiques ayant fait des découvertes sur les recherches avancées de Louis Pasteur.

1847 est une année historique pour le lavage et la désinfection des mains

Au cours de cette période « Pasteurienne », 1847 est une année historique pour le lavage et la désinfection des mains.

Le chirurgien et obstétricien hongrois, I-P. Semmelweis, observe que, dans le même hôpital (l’hôpital Général de Vienne) le service d’accouchement du Professeur Klin, a un taux de mortalité causé par la fièvre puerpérale de 30% alors que dans le service d’accouchement du Professeur Barcht, le taux de mortalité causé par la même fièvre est de 12%. Son observation le porte à faire un constant des plus surprenant… Le service du Professeur Klin, était tenu par des médecins et des étudiants en médecine qui faisaient des allers et retours entre les salles d’accouchement et les salles de dissections cadavériques. Tandis que dans le service du Prof. Barcht, seules des sages-femmes et élèves sages-femmes s’occupaient des accouchées.

Selon lui, il devait y avoir un agent invisible, causant la mort provenant de la salle de dissection. Il en conclut donc, qu’il fallait éviter de transférer cet agent provenant des salles de dissection cadavérique aux salles d’accouchements du service du Professeur Klin. Suite à ce constat intuitif, il interdit aux étudiants en médecine de quitter les salles de dissection « sans précaution particulière » et imposa le lavage des mains (avec une solution de chlorure de calcium).

Nous sommes donc en 1847 et le résultat ne se fit pas attendre. Cette pratique du lavage des mains avec une solution de chlorure de calcium, induit immédiatement une baisse significative des taux de la mortalité plus inférieurs encore que dans le meilleur des services d’accouchement passant ainsi de 12% à 3% pour les deux services. Le très perspicace professeur Semmelweis non seulement met en évidence la fonction antiseptique d’un produit (la solution de chlorure de calcium) mais découvre dans le même temps et pour la première fois le rôle de la transmission « manu-portée » du processus pathogène. Il avait ainsi découvert avant l’heure ce que l’on appelle maintenant « l’infection nosocomiale et l’infection manu-portée ».

En 1865 Joseph Lister (1827-1912) Professeur de clinique chirurgicale à Glasgow, puis à Edimbourg et au King’s Collège de Londres, découvre la théorie des germes formulée par Louis Pasteur sur la putréfaction. Lister en conclut que l’apparition de pus dans une plaie n’est pas un facteur de cicatrisation, comme on le croyait alors, mais une preuve de la mortification des tissus conduisant à la grangrène. Dans son Mémoire sur le principe de l’antisepsie, il rend hommage à Pasteur : Quand les recherches de Pasteur eurent montré que l’atmosphère était septique, non à cause de l’oxygène mais du fait d’organismes minuscules qui s’y trouvent en suspension, j’eus l’idée dit-il qu’on pouvait éviter la décomposition de régions blessées sans supprimer l’air, en leur appliquant comme pansement une substance capable de détruire la vie des particules flottantes.

Pour tuer les micro-organismes des blessures et ceux présents dans l’air ambiant, Lister vaporise du phénol et il s’en sert aussi pour désinfecter ses instruments et les blouses. L’usage chirurgical du phénol, ou acide phénique, avait été prôné dès 1863 par le pharmacien Jules Lemaire (1814-1873) puis, en 1865, par le docteur Gilbert Déclat (1827-1896). Lister développa une méthode chirurgicale aseptique, destinée à empêcher l’infection des plaies par les micro-organismes. Les instruments furent stérilisés par la chaleur et on utilisa le phénol sur les pansements chirurgicaux et parfois en vaporisation sur la zone à soigner. Ces méthodes furent couronnées de succès et ont contribué à faire progresser la chirurgie tout en la transformant. De fait Joseph Lister fut non seulement le pionnier mais aussi le vulgarisateur le plus efficace de l’antisepsie dans la chirurgie opératoire.

Depuis, la désinfection des mains est devenue plus qu’indispensable, obligatoire visant à éviter la transmission croisée dite aussi « manu-portée » des « virus, agents pathogènes ou parasites, » par les mains des personnels soignant au cours des soins x cause principale des infections nosocomiales.

La transmission croisée dite aussi « manu-portée » des « virus, agents pathogènes ou parasites, » par les mains des personnels de production de la filière agroalimentaire et du secteur de la restauration au cours de la fabrication, transformation et de la vente à table ou à emporter de denrées alimentaires est la cause principale des infections appelées «  gastro-entérite, diarrhée, vomissement ou intoxication alimentaire ».

La transmission croisée dite aussi « manu-portée » des « virus, agents pathogènes ou parasites, » par les mains des personnels concerne tous les personnels de tous les secteurs d’activité de toutes les filières.

Pour éviter la transmission croisée « manu-portée » des « virus, agents pathogènes ou parasites, » et/ou le cas échéant de ralentir leur propagation est l’hygiène des mains. Cette hygiène passe par une simple mesure préventive, la pratique optimale du lavage conventionnel que ce soit à l’eau et au savon, médicalisé ou non, ou par friction hydro-alcoolique. Le lavage des mains demeure la première mesure de prévention de ces infections.

Selon le C.Clin Paris-Nord (Centre de Coordination des Comités de Lutte contre les Infections Nosocomiales voici dans le tableau ci-dessous la dénomination Européenne et Français du lavage des main :

L’hygiène des mains en milieu hospitalier observe deux protocoles :

le lavage hygiénique ou antiseptique pratiqué par les TAB (techniciens en analyses biomédicales).
Le lavage chirurgical pratiqué par les TSO (techniciens en salle d’opération).
Ces deux protocoles sont clairement définis et répondent par leurs propres objectifs et indications, les produits utilisés et la technique en elle-même, à des indications et concernent les produits et le matériel, la technique de lavage et de désinfection des mains et le matériel, auxquels s’ajoutent pour le lavage chirurgical trois (3) étapes au lavage des mains : le 1er temps, le 2ème temps le 3ème temps.

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