Claude-Louis Berthollet- : l’incroyable destin d’un homme hors normes qui a traversé son époque en pleine tourmente sans être inquiété… et l’histoire de sa découverte de l’eau de Javel.


Leonardo SFERRAZZA
Président Fondateur

La découverte de l’eau de Javel se situe au carrefour des études de recherche en laboratoire «la science » et celles de la recherche appliquée aux «arts industriels ». 

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est image-1.png.

D’aucuns pensent que l’eau de Javel comme la station de métro Javel André Citroën qui fait une traversée sous la Seine, doit son nom à un certain monsieur Javel.

Mais il n’en est rien ! L’eau de Javel puise son origine en lieu et place du 15e arrondissement de Paris. Situé sur la rive gauche de la Seine, dans le sud-ouest de la ville, le 15e est né de l’annexion des communes de Vaugirard et de Grenelle en 1860. En 2017 il est l’arrondissement le plus peuplé de Paris avec 235 178 habitants. Aux termes de l’article R2512-1 du Code général des collectivités territoriales (partie réglementaire) il porte également le nom moins connu, d’« arrondissement de Vaugirard ».

C’est ici qu’au XVeest né un village près de la Seine, le village de Javel qui tire son nom du moulin à vent « Javelle ». Au mois d’août 1658, « sur un plan d’Auteuil conservé aux Archives nationales, y figuré le « moulin de Javel » et tout près en aval, « la maison pour loger le meunié ». Le « chemin de Javel » existe sur le plan de Roussel (1730).

Au XVIIe, le village de Javel est un lieu attractif par son petit port, son moulin à vent et sa guinguette qui attirent promeneurs et pêcheurs. En 1785 le village de Javel accueille la « manufacture de produits chimiques », située près du « moulin de Javel ».

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est image.png.Étymologie : la « javelle », du latin populaire gabella, est un mot d’origine gauloise ; il désigne ce qu’on rassemble par poignées.

Et justement ici, à Javel il y avait des lavandières plus connues sous le nom de « blanchisseuses », qui battaient le linge, avec une poignée de branches. Cette pratique permettait d’extraire un maximum d’impuretés des textiles à nettoyer.

Paris sous Louis XVI et le monde des « Grands ».

En décembre 1748 sur les rives du lac d’Annecy à Talloires, en Savoie, naît Claude-Louis Berthollet. La famille Berthollet appartient à la bourgeoisie savoyarde. Côté maternel ce sont des avocats et hommes de loi. IL est petit-fils et fils de notaire. En 1740, son père est nommé bourgeois d’Annecy puis secrétaire et châtelain du petit village de Talloires ou il exercera sa charge. Après cinq frères et sœurs nés à Annecy, Claude-Louis vient au monde le 9 décembre 1748, à Talloires. Avec sa sœur Jeanne-Aimée, née l’année suivante, ils seront les seuls à atteindre l’âge adulte sur les neuf enfants Berthollet.
Claude-Louis étudie au collège Chappuisien d’Annecy, il a vingt ans lorsqu’il quitte celui-ci pour commencer des études de médecine à l’université de Turin. Au XVIIe siècle, Turin est la capitale du Piémont. Cette ville italienne par son appartenance au royaume de Piémont, était de langue et de culture françaises. Son rôle de centre judiciaire y attirait une population influente et cultivée d’hommes de lois et de magistrats.
Pas étonnant donc que Claude-Louis Berthollet décide de se rendre à Turin pour y suivre des études de médecine. Cette rupture avec la tradition des deux familles ne lui sera pas favorable. Aucun soutien financier ne lui sera accordé dans son projet professionnel. L’administration turinoise ne met pas en doute l’attestation de « probité et de pauvreté » délivrée par la municipalité d’Annecy aux parents du jeune homme, conformément au règlement ; la morale est tout de même sauve, car il n’y avait pas d’autre candidat…C’est ainsi que le roi Victor-Amédée II, soucieux de former une élite d’origine provinciale, lui accordera une bourse.

Plus attaché aux études qu’aux devoirs et à la ferveur des pratiques de la religion, c’est aussi le talent qui explique le parcours brillant de cet étudiant destiné à la chimie et plus généralement à la science. C’est au terme de la quatrième année de médecine, en 1770, qu’il obtient son doctorat, au lieu des cinq années normalement nécessaires pour obtenir ce titre, dans cette austère université de Turin.

À la fin de ses études Claude-Louis Berthollet se rend à Paris où les dynamismes artistique, intellectuel et scientifique font de Paris la ville phare de l’Europe occidentale au XVIIIe siècle. De l’Est à l’Ouest et du Nord au Sud, toute l’Europe parle français. Le français s’impose comme la langue de la diplomatie et plus particulièrement de la « sociabilité » soutenue par le développement d’un art de vivre au quotidien orchestré par les intellectuels, artistes, artisans ou scientifiques. Les plus grands de l’époque sont tous installés à Paris et la plupart d’entre eux sont souvent d’origine étrangère.
Paris est la capitale du monde, et c’est sur ce parterre parisien du XVIIIe siècle où dans les cafés, les restaurants et surtout dans les salons privés, convergent de nouvelles idées, de nouvelles croyances, mais aussi la perception et l’émotion, les sentiment et l’intime, c’est là que se forgent les convictions et surtout l’opinion…qui donnent lieu à de nouveaux concepts.

Tel qu’évoqué dans « L’incroyable histoire de l’hygiène et du lavage des mains plus de 2000 ans d’histoire », de Leonardo SFERRAZZA Président fondateur de l’ONG United for Biodiversity, il faudra attendre la fin du XIVe siècle pour commencer à établir les premiers constats scientifiques et quatre siècles plus tard, c’est-à-dire presque à la fin du XVIIIe siècle, pour construire les premières esquisses scientifiques.

C’est ici, à Paris, dans la capitale du monde, que Claude-Louis Berthollet veut faire carrière.

Dans le contexte de cette fin d’Ancien Régime, pour faire carrière sans aucun soutien familial, sans relation (aujourd’hui nous dirions « sans réseau ») c’est un véritable défi pour le jeune docteur fraîchement diplômé. De par ses origines bourgeoises, Claude-Louis sait qu’aucun homme ne peut réussir s’il ne bénéficie pas de recommandations de ceux qui ont leurs entrées à la cour.
Dès son arrivée à Paris, il rend visite à Théodore Tronchin, illustre et influent médecin genevois qui exerce la fonction très enviée de premier médecin du duc d’Orléans. Et c’est le duc d’Orléans qui va recommander Claude-Louis en tant que « médecin ordinaire » à son ancienne maîtresse Mme de Montesson qu’il a épousé secrètement en 1773. Elle vient de s’installer à la Chaussée d’Antin, devenu l’endroit à la mode pour ses charmes campagnards. L’architecte Brongniart, qui débute alors une carrière particulièrement fertile, vient de lui édifier un hôtel particulier. Il travaille également à la réalisation d’un nouveau palais pour le duc ; théâtre, jardins anglais, bosquets et serres offrent à la famille d’Orléans un cadre plus moderne que le classique Palais-Royal.
Claude-Louis suit Mme de Montesson lors de ses voyages et, lorsqu’il n’accompagne pas sa bienfaitrice, il fréquente assidûment les salons privés parisiens.

Désormais Claude-Louis Berthollet est introduit dans le monde des « Grands ».

Louis-Philippe d’Orléans est un esprit éclairé, cultivé et curieux. Il joue un rôle de mécène auprès des scientifiques et amis de son épouse dont elle aime s’entourer dans son palais de la Chaussée-d’Antin. Il pensionne naturalistes, physiciens et chimistes dans un remarquable laboratoire qu’il met à leur disposition. Son ouverture d’esprit fait de lui un visionnaire de son temps. Il voit à la fois, le progrès des sciences déjà en « marche » et les progrès avancées qu’offre la science. Peut-être y voit-il là un moyen d’assurer le triomphe de la connaissance sur l’ignorance au Siècle des lumières et répandre cette connaissance au service de l’humanité pour lui garantir un bien-être social.
Il décide de prendre sous son aile le jeune médecin de son épouse. En témoignage de la confiance qu’il lui accorde, le duc d’Orléans met à sa disposition un laboratoire au sein du palais où Berthollet peut mener ses recherches en toute quiétude. Claude-Louis trouve en Louis-Philippe d’Orléans le parfait mentor, il bénéficie ainsi de la protection bienveillante d’un « Grand » de ce monde et son appui lui est indispensable pour réussir. Le duc d’Orléans acceptera même d’être son témoin lors de son mariage en 1779 avec la fille d’un maître de musique, Marie-Marguerite Baur. Un fils unique naîtra de cette union, Amédée-Barthélémy.
En 1770, alors qu’il vient tout juste d’obtenir son doctorat, le jeune médecin se tourne vers la chimie. Il en fera une passion, une vocation plus qu’un métier. A cette époque, le scire de la chimie se développe et éclaire la médecine dans le choix des moyens de guérison grâce aux observations emprunté à la nature :l’oxygène, causticité des sels, acides tartareux, etc.
Au Jardin du Roy (actuel Muséum) il suit des cours de chimie avec les plus célèbres professeurs du moment : Pierre-Joseph Macquer du Jardin des plantes, Jean-Baptiste-Michel Bucquet de la faculté de médecine de l’université de Paris, et bien d’autres.
Dans son petit laboratoire mis à la disposition par le duc d’Orléans Claude-Louis peut répéter les expériences récentes de Joseph Priestley, Carl Wilhelm Scheele et Antoine Lavoisier.
Au cours de l’année 1785 le village de Javel accueille la « manufacture de produits chimiques », située près du « moulin de Javel ». Frère de Louis XVI, le comte d’Artois, finance la construction de la manufacture. Il semblerait que des nobles aient contribué au financement de sa construction et en seraient les propriétaires. La manufacture est dirigée par son principal directeur Léonard Alban. Elle est destinée aux nombreuses lavandières ( les « blanchisseuses ») des bords de Seine.

La découverte de l’eau de Javel se situe au carrefour des études de recherche en laboratoire «la « Science » et celles de la recherche appliquée aux « arts industriels ».

Claude-Louis Berthollet n’a qu’une passion la recherche, la science. Ses travaux sont alors très variés et le mettent en contact avec les plus grands savants de son époque, notamment Lavoisier. 
Claude-Louis se fait connaître, à partir de 1776, par la publication de nombreux mémoires.
En 1784, grâce à l’appui de son mentor le duc d’Orléans, il est nommé « administrateur et directeur des teintures » de la prestigieuse manufacture des Gobelins, « véritable laboratoire scientifique pour l’époque » en remplacement de Macquer. Claude-Louis s’intéresse aux questions liées à la teinture des textiles et à la recherche de nouveaux procédés de teinture et probablement au blanchiment des tissus en lin, chanvre, et coton.
Claude-Louis tente alors de reproduire chimiquement un phénomène naturel le « blanchiment sur pré » des tissus en lin, chanvre, et coton. Cette pratique nécessitait d’avoir beaucoup d’espace. Le blanchiment sur pré est un phénomène qui dépend d’une double action, que Berthollet avait déjà déduit suite à ses recherches : celle de la température du soleil et celle de l’oxygène de l’air sur le linge.
Depuis plusieurs années Berthollet s’intéresse aux travaux du chimiste suédois Carl Wilhelm Scheele, notamment à ceux sur les propriétés du chlore découvert par ce dernier dix ans plus tôt. Pour effectuer ses recherches, Berthollet trouve de l’aide auprès des directeurs de la manufacture de « Javel », Alban et Vallet. Berthollet utilise l’eau de chlore pour ses propriétés blanchissantes et décide de dissoudre le chlore dans une solution de potasse pour stabiliser particulièrement le caractère oxydant du chlore. Ce procédé s’avère très vite adapté au blanchiment des tissus en lin, chanvre, et coton.
Le 21 décembre de l’année 1785, Claude-Louis Berthollet présente son « Mémoire sur l’acide marin déphlogistiqué » (l’autre nom du chlore, « esprit de sel déphlogistiqué »), devant ses collègues de l’Académie royale des sciences. Claude-Louis Berthollet met en lumière le pouvoir décolorant de ce gaz verdâtre découvert une décennie plus tôt, en 1774, par le chimiste suédois Carl Wilhelm Scheele.
Les recherches aboutissent : il réussit à reproduire chimiquement le blanchiment sur pré des tissus et des toiles grâce au pouvoir décolorant de l’hypochlorite de sodium. Le procédé de fabrication est d’abord appelé le « berthollage » et les solutions chlorées décolorantes les « lessives de Berthollet ». L’hypochlorite de sodium est destiné à la célébrité pour ses vertus hygiéniques et désinfectantes. La « liqueur de Javel » est née, et deviendra ensuite l’eau de Javel.

Claude-Louis Berthollet ne se doute pas que sa découverte est promise non seulement à un bel avenir mais aussi à une prospérité immuable.

En 1787, il publie une nouvelle nomenclature chimique, fruit d’un travail commun avec Lavoisier.
Désormais, il y a un lien entre le nom d’un acide et ses sels: ainsi, l’acide chlorhydrique produira des chlorures. Cet outil précieux vient à point nommé pour une science qui multiplie expériences et découvertes, fractionnant les corps composés pour dégager les corps simples et formulant progressivement les lois de leurs combinaisons. Cette nouvelle nomenclature est aussitôt diffusée dans les milieux scientifiques européens; Berthollet, reconnu et honoré, est nommé membre de la Royal Society de Londres, de la Société hollandaise des sciences de Haarlem et de l’Académie des sciences de Turin. 

Amédée-Barthélémy, le fils unique de Claude-Louis est polytechnicien, chimiste comme son père. Il créa en 1810 une fabrique de soude qui employait déjà 100 ouvriers. Mais cette même année il se suicidera, interrompant brutalement une carrière qui s’annonçait prometteuse comme industriel.

À la veille de la Révolution, la découverte de l’eau de Javel se heurte à l’hostilité des blanchisseurs traditionnels. Un collaborateur de Berthollet a dû renoncer à installer une usine de blanchiment à Valenciennes. Dans le temps, la manufacture de « Javelle » prend un formidable essor. Le succès est hors normes pour l’époque, elle ne fabrique que son eau de Javel. L’usine travaille même à plein régime pendant la Révolution. Au XIXe, elle ne cesse de s’agrandir et compte en 1875 près de 200 ouvriers ! 
Le produit a mis un certain temps à s’imposer au grand public. À la fin du XVIIIe siècle « l’eau de Javel » qu’Alban et Vallet avait commencé à produire est utilisée non seulement pour le blanchiment des textiles mais aussi, de plus en plus, pour la purification de l’eau. Utilisée dans quelques manufactures, l’eau de Javel était alors un produit à usage exclusivement industriel. Les propriétés du produit dans le domaine de l’hygiène allaient lui ouvrir une nouvelle carrière en attendant sa diffusion sous forme de bidon individuel, dans les années 1870, puis la création de premières marques dix ans plus tard, notamment « La Parisienne ». Le succès de la manufacture ne sera pas éternel et disparaîtra entre 1885 et 1889. Elle est vite remplacée par les aciéries de France et les entrepôts et magasins généraux de Paris, lesquels cèdent rapidement la place aux usines Citroën en 1915.
In fine, le nom de Berthollet ne sera voué qu’à la seule science… Ironie du sort : depuis le début du XIXe siècle déjà, plus personne ne parle des « lessives de Berthollet ».

De toute cette épopée il ne reste rien, aucune trace du village de Javel et de son joli petit port en bord de Seine, ni de son moulin ni de ses guinguettes. Tout a disparu, métaphore ou ironie du sort liée à l’invention tout semble s’être « dissout » dans le temps et dans l’espace. Seul témoignage de ce lieu chargé d’histoire la station de métro Javel-André Citroën.

Le savant et chimiste de l’Europe du XVIIIe est reconnu de son vivant. Un homme hors normes qui a traversé son époque en pleine tourmente sans être inquiété. Sa démarche s’inscrit dans l’esprit du Siècle des lumières, dont Claude-Louis Berthollet est un pur produit.

Sa réussite fait de lui un savant à la solide réputation. L’homme n’a rien d’intrigant ou d’un homme de cour. D’ailleurs, malgré les liens forts qui l’unissent au duc d’Orléans, Claude-Louis Berthollet se tient toujours à l’écart de la cour où il ne voyait que frivolité et fourvoiement. Ceux qui le fréquentent soulignent son calme naturel, sa courtoisie, sa grande discrétion et son honnêteté intellectuelle. Les fonctions qu’il occupe à la manufacture des Gobelins lui assurent un traitement de 6 000 francs par an et un train de vie plus qu’honorable. Berthollet vit confortablement entre son logement du faubourg Saint-Germain et la propriété de campagne à Aulnay, où il se retira définitivement quelques années plus tard.
Le chimiste s’impose par son intelligence et sa capacité de travail dans un milieu où la naissance ne donne aucun privilège. Ses puissantes protections ont sans nul doute favorisé son parcours mais la qualité et le nombre de ses travaux en chimie pure ou appliquée justifient le rang éminent qu’il occupe dans la communauté scientifique.
Sa démarche, toujours très concrète, est inspirée par le souhait de créer à partir de ses recherches des techniques utilisables par l’industrie. En ce sens, sa conception de la science est novatrice et annonce à bien des égards celle qui triomphera au XIXe siècle.
A la mort de Berthollet en 1822, certain diront que l’invention a totalement échappé à son créateur et qu’il manqua l’occasion de s’enrichir en refusant toutes les propositions qui lui était faites à l’époque.
En vérité, Claude -Louis Berthollet est plus attiré par le calme des études que par l’agitation des affaires. Il ne chercha jamais, malgré la notoriété dont il jouissait auprès des manufacturiers, mais aussi des techniciens et des simples ouvriers, à tirer profit de sa découverte pour s’enrichir. Il céda même tous ses droits aux manufacturiers.

La science est une vocation plus qu’une passion.

Il correspond et échange avec plusieurs académies en Europe. Et justement avant la Révolution Française de 1789, Berthollet partageait déjà quelques-unes des idées que la Révolution allait faire triompher.

En 1779, il est nommé docteur-régent de la faculté de médecine de l’université de Paris.

En 1780, à la mort de Bucquet, il est élu membre de l’Académie des sciences.

En 1789 il est nommé membre de la Royale Society de la Société hollandaise des sciences de Haarlem et de l’Académie des sciences de Turin.

En 1792 il est nommé membre de la commission des monnaies.

En 1794 il est nommé membre de la commission d’agriculture, professeur de chimie à l’École normale de l’an III de janvier à mai 1795, et professeur à l’École polytechnique. En cette année 1795 il est nommé membre de l’Institut de France à sa création. La même année, il concourt également avec Chaptal, Laplace et Monge à la création de l’École d’arts et métiers.

Berthollet est influencé par Antoine Lavoisier et travaille avec Gaspard Monge et Louis Joseph Gay-Lussac qui deviendra l’un de ses protégés.
Chance ou hasard, Claude-Louis Berthollet échappe ainsi au triste sort de Lavoisier, guillotiné en 1794. Membre de plusieurs commissions révolutionnaires, dont celle sur les armements, il dirigea un temps la poudrerie de Grenelle. Il met ses compétences au service du nouveau pouvoir sans pour autant manifester le moindre engagement politique.
En 1796, il est élu à l’Institut de France et nommé professeur à la jeune École polytechnique. Dès sa première rencontre avec Napoléon Bonaparte, Claude-Louis Berthollet va s’attacher à celui qui n’est encore que le commandant en chef de l’armée d’Italie. Il éprouve pour Napoléon Bonaparte une véritable fascination et l’accompagne lors de cette campagne. Il est avec Monge l’un des « commissaires du gouvernement à la recherche des objets de science et d’art dans les pays conquis par les armées de la République ». Jusqu’à la chute de l’Empire les liens d’amitié qui se sont noués entre les deux hommes seront indéfectibles. L’admiration que Berthollet voue au futur empereur est telle qu’il accepte, malgré son âge déjà avancé pour l’époque (cinquante ans) et les périls de toutes sortes, de l’accompagner dans son expédition d’Égypte. Il est ainsi nommé membre de la commission des sciences et des arts, où il entre à l’Institut d’Égypte dans la section de physique et est élu vice-président. Il en sera le président l’année suivante. Il fait d’importantes recherches sur le natron qui lui permettront d’élaborer sa théorie sur les affinités. Il quitte l’Égypte avec Bonaparte le 23 août 1799.

Pendant plus d’un an, de mai 1798 à octobre 1799, l’inventeur de l’eau de Javel parcourt les sables brûlants d’Égypte, supportant sans une plainte les privations et la fatigue des longues marches, affrontant même, alors qu’il descend le Nil en bateau en compagnie de Monge, une attaque des mameluks au cours de laquelle il faillit y laisser la vie ! Cette fidélité à Bonaparte, sincère et désintéressée, sera largement récompensée. Devenu premier consul puis empereur,

Napoléon le couvre d’honneurs.

Il est titulaire d’un majorat créé à son intention en Westphalie.
Il est nommé membre de la Société philomathique de Paris.
Il est l’un des fondateurs et administrateurs en 1801 de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale.
Il est nommé membre du Sénat conservateur en cette fin d’année 1799.
Il est nommé en 1802, président de la commission chargée de préparer la Description de l’Égypte.
Il est fait grand-officier de la Légion d’honneur en 1804 puis obtient le titre de comte de l’Empire en 1808, il sera même vice-président du Sénat.

Il vit dans un hôtel particulier, la « Demeure Gainville », la plus vieille maison d’Aulnay-sous-Bois. Il s’installe dans un hôtel particulier situé rue de Bellechasse, et est propriétaire d’un domaine à Arcueil où il a fondé une petite société de savants, la célèbre Société d’Arcueil. Claude-Louis Berthollet est devenu un grand notable… 

Membre fondateur de l’Académie de Savoie à Chambéry en 1820. Il passe ses dernières années dans sa maison d’Arcueil, où il avait formé avec Laplace une société savante, la Société d’Arcueil qui réunissait des scientifiques tels Gay-Lussac, Malus, Biot ou Collet-Descotils, ou encore Cuvier et Pariset qui ont prononcé son Éloge.

Imprévoyant, Berthollet ne sait pas gérer sa fortune et se retrouve très endetté. À plusieurs reprises, l’empereur accepte même de le renflouer sur la cassette personnelle.

La Restauration, ne lui tiendra pas rigueur de son amitié avec l’empereur en exil ni de ses atermoiements lors des Cent-Jours. En tant que sénateur, il a voté la déchéance de Napoléon lors de la première abdication de 1814. En effet, Berthollet avait changé son fusil d’épaule un an plus tard, reniant Louis XVIII qui l’avait pourtant fait pair de France…sans pour autant regagner la confiance de Napoléon !

Après avoir perdu toutes ses charges, le savant Berthollet se retrouve presque totalement ruiné en 1815. Pas rancunier, le souverain le maintient « pair de France » et lui accorde même une pension de 24 000 francs pour vivre décemment. Jusqu’à sa disparition, il participe activement aux travaux de l’Académie des sciences et de l’Académie de médecine dont il est membre.

L’eau de Javel et les découvertes de son action désinfectante.

En 1793, le chirurgien Percy utilisa les solutions d’eau de chlore pour lutter contre « la pourriture d’hôpital » à l’armée du Rhin.

En 1811, Bernard Courtois isole l’iode à partir de cendres de plantes marines. (En 1929, Lugol utilise ce même produit pour traiter des adénopathies, l’iode est ensuite utilisée pour traiter les blessures de guerre).

En 1820, Antoine-Germain Labarraque pharmacien remplaça la potasse par la soude et étudia les utilisations médicales et pharmaceutiques de l’eau de Javel. Il inventa le « chlorure d’oxyde de soude et de chaux », variété d’eau de Javel qui permit, entre autres choses, d’arrêter le processus de putréfaction des muqueuses. Grâce à sa contribution l’hygiène fait un grand pas. La « liqueur de Labarraque », utilisée par les chirurgiens, les médecins, certaines usines, les égoutiers, les fossoyeurs et largement distribuée lors de l’épidémie du choléra de 1832. Il employa l’hypochlorite de sodium pour arrêter les gangrènes, accélérer les cicatrisations, désinfecter les hôpitaux…  Il obtint de nombreux prix, fut nommé à l’Académie de médecine en 1824, au Conseil d’hygiène publique et de salubrité du département de la Seine en 1836.

En 1847, Semmelweis, docteur en obstétrique à Vienne, rend obligatoire le lavage des mains avec une solution de chlorure de calcium avant de procéder à un accouchement. Il réduit ainsi le taux de mortalité en obstétrique de 12 % à 3 %. 

En 1892, Calmette découvre que le bacille de Koch (tuberculose) est détruit par l’eau de Javel.

Sous l’influence de plusieurs collaborateurs de Pasteur, notamment Chamberland et Fernbach, les applications de l’eau de Javel en désinfection se sont développées. Ainsi, lors de la Grande Guerre, des progrès décisifs en hygiène furent accomplis par les médecins et les militaires eux-mêmes. Lors de la bataille de Verdun, l’Armée française encerclée, ne disposait plus d’eau potable. Le colonel Bunau-Varilla, directeur du service des eaux de l’armée mélangea un petit stock d’eau de Javel à l’eau de la Meuse pour alimenter les troupes en eau potable (d’où l’expression « verdunisation », synonyme de potabilisation à l’eau de Javel).

Les solutions tamponnées d’eau de Javel furent utilisées comme antiseptiques, d’abord par le professeur Dakin, pour désinfecter les plaies des blessés de la grande guerre, puis par le docteur Carrel, dans les ambulances dont il avait la charge. Le procédé se généralisa ensuite très rapidement.

En 1892, le docteur Fernand Bezançon démontra le pouvoir bactéricide de l’eau de Javel sur le linge contaminé.

En 1969 la NASA sélectionna l’eau de Javel pour désinfecter Apollo XI au départ et à son retour de la lune pour « éviter toute éventuelle contamination » Terre/Lune et vice-versa.

En 1989, pour la deuxième fois, l’effet bactéricide de l’eau de Javel est mis en évidence par le professeur Dodin de l’institut Pasteur. Ses travaux révélèrent, que les bactéries sont détruites en 30 secondes avec une solution d’eau de Javel à 0,036 % de chlore actif.

En 2008, l’activité virucide de l’eau de Javel sur le virus Influenza virus A/H5N1 a été démontrée par l’institut Pasteur de Lille.

Synthèse rigoureuse et objective de Leonardo SFERRAZZA Président fondateur de l’ONG United for Biodiversity

Source :
Site officiel de « l’eau de Javel »
Nicole Fleury-Heusghem,
Cercle Archéologique et Historique de la Région d’Aulnay
SABIX Société des amis de la bibliothèque et de l’histoire de l’École Polytechnique.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *